« In Fine » Série de portraits à la limite, par Camille Génié

Voici 4 portraits, extraits d’une galerie conçue, imaginée pendant ces temps covidiens. Emmanuelle, Roberte et Matthieu ont en commun le contexte du COVID et leur panique !

Dans un huit clos obligé par l’actualité, m’est venue l’idée : j’allais rédiger des portraits d’êtres humains, chacun dans le contexte particulier de la crise sanitaire.

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Emmanuelle, la stratège

Eminente universitaire, elle recevait toujours avec beaucoup d’envie de partage, l’appel mensuel de sa consœur chinoise, elles conversaient avec entrain et vivacité sur les dernières publications dans leur domaine d’activité. Les recherches, les colloques internationaux, les positions des influenceurs scientifiques : tout faisait l’objet de débats, d’avis. Elles s’étaient connues à l’université parisienne qui assurait une promotion de ses formations ouvertes aux étudiants étrangers.

C’était un héritage, faire du pays des droits de l’homme, de la révolution un terreau fertile pour tous ces étudiants qui choisiraient la curiosité et l’apprentissage dans un contexte de liberté totale. Le doyen de l’université était particulièrement fier du nombre d’étudiants chinois qui foulaient le parvis de la faculté. Souvent, ils repartaient la tête pleine intellectuellement et bousculés par l’art de vivre à la française, la culture qui provoquait nécessairement une réflexion et une comparaison avec le pays, où ils étaient nés.

Liu avait été scotchée quand Emmanuelle lui annonça qu’elle s’engageait en politique. Mais la forte tête était désarmante, tant elle était convaincante lorsqu’elle justifiait l’intérêt fondamental de passer par ce chemin-là, pour faire avancer la recherche médicale en France.

Pourquoi pas, Liu était beaucoup plus en distance avec les effets transverses et parfois pervers entre l’enjeu de la recherche médicale et tout l’exercice du pouvoir qu’il soit politique ou industriel…

Les fléaux contemporains étaient nombreux et offraient aux industries pharmaceutiques, pour ne citer qu’elles, un boulevard pavé d’or.

D’autre part, la majorité des populations internationales n’avait toujours pas accès à l’hygiène, la contraception, la vaccination… Ce qui constituait, selon elle, la preuve irréfutable que l’homme était le contraire d’un altruiste.

Quand les premiers cas se présentèrent en Chine, fin 2019, Liu exposa avec maîtrise et sang-froid, comme le médecin compétent qu’elle était, l’horreur de ce COVID-19 à Emmanuelle. Celle-ci écoutait avec attention, elle prenait des notes consciencieusement.

Toutes les deux savaient qu’à l’aire de la mondialisation, le virus était déjà en France. Elles savaient ce que représentait un tel virus. Emmanuelle posa une floppée de questions : signes clinique, possibilité de tests, validité des tests, cas asymptomatiques, mode de transmission, traitement en cours, augmentation des cas, virulence du virus, taux de mortalité, de survie… La description du quotidien de Liu qui avait fait le choix de l’hôpital démocratique était édifiante. En passant ce coup de fil à son amie qui était désormais du côté politique dans un des grands pays européens, elle avait la sensation d’être utile et de lancer une alerte qui serait traitée avec grand sérieux, cela la consolait un peu, elle qui annonçait à ses semblables des morts quotidiens.

Annoncer la mort, ce n’est pas le job d’un médecin, d’un chef de service en infectiologie d’un hôpital majeur dans le plus grand pays du monde.

C’est pas le projet à la base, on choisit médecine, pour guérir les gens, souvent elle le disait, moi j’ai choisi médecine pour guérir les gens, pour les soigner, sûrement pas pour les faire passer de l’autre côté.

Il n’y a qu’une rive, je ne sais pas ce qui se passe de l’autre côté, je ne peux pas l’étudier, l’appréhender, le contrôler, alors, cela ne m’intéresse pas.

Remplie d’informations véritables et pointues, Emmanuelle remercia sa consœur et lui souhaita courage pour la suite de sa mission. La communication coupée, Emmanuelle consulta instantanément certains des plus éminents infectiologues français, elle vérifia le nombre de lits en réa à l’échelle nationale, elle réclama à sa chef de cabinet un état précis et détaillés des stocks de masques et de blouses, en temps réel, en France.

Elle lut les dernières publications scientifiques sur la détresse pulmonaire, reprit les éléments de langage tenus précédemment par le gouvernement lors de l’épidémie H1N1. Elle fit organiser une cellule de crise confidentielle avec les référents de la Haute Autorité de Santé, l’Agence nationale de santé et un éminent statisticien de la médecine prédictive. Elle manipula l’oratoire de ce déjeuner de travail avec intelligence et stratégie. C’est exactement comme si elle jouait aux échecs, elle était très excitée. Elle savait que ce serait un moment quasi historique pour le pays, le monde et pour sa mission personnelle.

Elle serait au-devant, en première ligne, elle jubilait d’orgueil. Cela lui conférait une puissance dense, tenace, exagérée.

Savoir avant les Autres, prévoir pour les Autres, anticiper les Autres : quel orgasme !

A la fin du déjeuner de la cellule, elle continua l’échange avec Bruno, le statisticien, elle évoqua une suspicion en Chine d’un virus d’une agressivité sans précédents…

Bruno se mit au travail, établit des projections, étudia jour et nuit non-stop pendant 72 heures, pour respecter le délai imposé par la ministre. Les algorithmes étaient criants d’angoisse à venir, ce fléau se chiffrait en dizaines de milliers de morts. Il était terrifié quand il présenta les résultats des ses études.

Emmanuelle était fière, elle avait agi vite et bien dans un sens aigu du service public, politique, social et oserait-elle le dire ? Solidaire comme il était inscrit aussi, dans les prérogatives de son ministère.

Elle déclencha le plan d’urgence interministériel auprès du premier ministre et du président, ce qui fit sourciller le second. Qu’est-ce qu’elle veut encore ma parité incarnée ? Avait-on répété dans les méandres masculins des couloirs de l’Élysée.

L’entrevue à trois fut parfaite, elle exposa, les faits, rien que les faits : le nombre de morts à venir, les caractéristiques connus à ce jour de la maladie, l’impact sur les services hospitaliers mis en perspective avec la capacité en nombre de lits des services de réanimation, en France.

Elle rappela l’état psychique déplorable d’une corporation entière de soignants dégingandés, scandant leur détresse depuis des années, dans les rues du pays. Sans oublier les stocks à plat de petits matériels a priori insignifiants qu’étaient les masques et blouses dans un pays, où l’aspect sanitaire de la médecine était relégué au sol d’une échelle, dont l’apothéose relevait des nouvelles chimiothérapies hypersoniques qui soigneraient bientôt les 600 000 cancéreux semestriels (annoncé semestriellement désormais, pour éviter l’impact du million de malades annuels qui était, politiquement, assez incorrect voire déplacé).

Sa présentation fit place au silence, suffisamment rare chez les politiques, pour être souligné. C’est ainsi, que le palais sembla craqueler, moulures, statues, lustres, miroirs, boiseries fines et anciennes, le lieu subissait l’horreur de la description de cette pandémie. Si bien qu’en ce mois de décembre, le temps s’arrêta, sembla s’arrêter, en vérité, pendant 2, 3 mois.

Il faut dire qu’Emmanuelle avait conclu l’échange par 1 recommandation sibérienne : « laisser passer » les 80 000 morts estimés, c’était politiquement tenable, selon elle. La santé n’avait plus les moyens de traiter une telle pandémie, il fallait admettre la réalité et préparer la stratégie de communication qui permettrait la digestion d’un processus a priori déraisonnable : laisser mourir ses contemporains. 80 000, donc. Des séniors, en fait.

Après 2 longs mois de réflexion du premier ministre qu’elle vécut comme une éternité, une punition, une hypocrisie politique supplémentaire, Emmanuelle fut remerciée, déplacée sur une autre mission, on savait jouer des vases communicants dans la famille politique, les éléments de langage la concernant avait été préparés par un éminent linguiste et chef de cabinet d’un autre ministère.

Elle fut congédiée, car, à peine avait-il admis de lui révéler en off, « Il n’était finalement pas tenable d’admettre 80 000 morts en France, sans prévenir et organiser la machine hospitalière pour soigner ces gens vivants, jusqu’ici. »

Elle avait juste rétorqué avec aplomb qu’elle serait bien aise de vivre à distance de ce qui s’annonçait comme le plan bis, qu’intellectuellement elle avait éradiqué spontanément : le confinement d’un pays entier et ses nombreuses répercussions. Elle sortit de Matignon, furieuse, pleureuse, touchée dans sa psyché, horrifiée et paniquée.

Roberte, l’absente

« Y aura toujours besoin de faire manger et dormir les femmes et les hommes, alors l’hôtellerie-restauration ne connaîtra jamais la crise ! »

Paix à ton âme, tante Roberte ! Aujourd’hui, tu n’en reviendrais pas, tous tes confrères ont fermé, avant de mettre définitivement la clé sous la porte, dans quelques temps.

Plus de terrasse, plus de bistrot, plus de jambon beurre, de PMU, de croque-monsieur avec béchamel, parce que c’est meilleur, plus de café bien serré, crème ou noisette, d’allongé et de « avec un verre d’eau », de croissant au beurre au comptoir, de coup de torchon, de serviette, de coup de feu, de raillerie, de plonge odorante et malsaine, de chef tyrannique dans les sous-sols et de beurre maître d’hôtel ; de vinaigre blanc, d’entrecôte frites avec ou sans béarnaise, mayonnaise, ketchup, moutarde. Plus de tablier blanc, net et repassé, de serviette en tissu, parce que tout de même une brasserie doit rester une brasserie avec ses codes.

Plus de brève, plus de contact, plus de tempérament, plus de diplomatie pour ménager la chèvre, le chou et les clients pénibles, plus de rideau de fer à 4h du matin, d’un périphérique enrobé dans une nuit hésitante entre les étoiles et la pollution.

Tout cela est suspendu pour un temps indéterminé.

La crise est arrivée tata, elle a touché ta corporation, il n’y avait déjà plus ou peu de banquets auvergnats, il y a encore les cafetiers qui financent, mais combien ?

Les brasseries sont très chics ou au ras des pâquerettes, les fast foods et la jungle food avaient déjà pris la place, en compagnie de l’apogée des sushis bars.

Tu dois tourner et te retourner dans ta tombe au pays. Tu dois bouillir, avant de te faire une sole meunière avec pommes vapeur ou un filet de bar beurre blanc, avec supplément de sauce. La crise est arrivée, tata, tu n’avais pas raison. Tu n’aurais jamais pu imaginer, le commerce : c’était dans ta carte génétique, le commerce c’est l’échange et les relations humaines.

Les stations balnéaires sont closes, c’est hors saison même en pleine saison, c’est mort, tata, ça me fiche le bourdon, tata.

Je ne comprends pas, comment la simple action de manger, de se retrouver, a pu être remise en cause.

Y a du monde au sous-sol, chez toi, tata ? Tu parles avec les autres morts, vous mangez peut-être ? Vous dormez ? Y a de la musique, tata ? Une radio mal branchée ? Des toilettes dégueulasses, aussi, mais j’arrive, tata !

Un plat du jour à 10 balles, c’est possible en 1 heure, tata ?

Oui, cette table me convient, c’est à côté du passage, mais c’est pas grave, tata, elles sont jolies les serviettes et bien repassées, les moutardiers ont bien été remplis, c’est rassurant tata, je vais prendre un steak frites ou un bœuf bourguignon ou une grillade ou un hachis ou un filet de cabillaud, enfin, le tout quoi, je verrais ensuite, oui, pour une mousse au chocolat, une île flottante, une tarte aux pommes, une crème brûlée ou caramel, c’est maison ? évidemment, elle est jolie ta nouvelle vitrine réfrigérée qui présente les desserts, tata, on ne sait que choisir.

Et avec ça ? Et bien un café bien serré, avec le petit chocolat à côté, tu sais ?

Tu te souviens, tata ? Dis ! Te souviens-tu ? Je n’ai jamais bu de café, tata ! je te faisais marcher, tu as couru.

Tu me manques, tata, vraiment très fort, tata. Tu es mieux là-bas, prends encore un peu de sauce au beurre blanc sur ton pain bien frais et croustillant, tu as gagné la sérénité.

Moi, je panique.

Jean, le résilient

Jean se souvenait, ce virus : c’était la veille de ses 10 ans, enfin 15 jours avant, quand vous envoyez les invits sur Snap. Il avait atteint l’âge requis pour inviter 10 potes dans le lieu de son choix. Mais, ce virus avait remis en cause son plan. Il disait « remis en cause », car il s’exprimait bien, Jean, il était un enfant raisonnable, structuré, nourri par ses parents au sens propre et figuré, depuis sa naissance. Il n’y avait pas de questions sans réponses à la maison. Il pouvait aborder tous les sujets : c’était admis, encouragé même, parfois un peu lassant, d’ailleurs. La libre expression et la vulgarisation de tous les thèmes transcrits dans des contextes historiques, culturels, sociaux pouvait avoir pour limite sa spontanéité. Il pouvait aborder avec vous : la seconde guerre mondiale, la musique Country, le commerce triangulaire européen, les primaires aux États-Unis, la recherche médicale contre Alzheimer, le parcours d’Ali Khamenei, l’art contemporain, la dyslexie, la fluidité, l’A.M.P. (parce qu’on ne dit plus P.M.A.) le clitoris des filles, le rap….

Quand émergèrent les premières recommandations du gouvernement, face à la crise du coronavirus, il avait compris instantanément, n’éprouvait aucune résistance, tant dans la compréhension du sujet que dans l’application des règles qui le concernaient. Il savait distinguer ce qu’il perdait individuellement : son anniversaire entre potes et l’enjeu collectif d’un fléau de cet ordre. (Pour l’anniversaire ce n’était pas si grave, compte tenu de l’urgence à survivre)Ses parents n’eurent pas la nécessité de lui expliquer, il avait saisi les outils à sa disposition sur les réseaux, pour mieux appréhender le virus. Et c’était heureux, papa était gardien de la paix, et papounet, chef du service des urgences du centre hospitalier. Les deux étaient occupés à mener leur mission respective. Il était pris en charge, le matin, dans son école, puisque fils de soignant. Cela lui convenait parfaitement, car, l’interactivité avec des êtres humains, était le seul paramètre intéressant, survivant à une scolarité non connectée. Il appréciait, donc, ces échanges, tout en appliquant des protocoles d’hygiène drastiques. Un soir et pour la première fois de sa vie, il assista à une dispute entre ses deux pères. L’étonnement, laissa place à une phase d’observation silencieuse. Il n’avait jamais vu tant d’inquiétudes dans les regards des deux adultes qu’il considérait un peu comme des super héros depuis toujours, rapport à leur métier. Garder la paix, c’est quand même cool et gérer un service d’urgence demandait un sang-froid qui avait toujours forgé l’admiration qu’il portait à son second père. Ce dernier énumérait avec ordre et réflexion les limites des plans de protection du commissariat de police, dans lequel travaillait le premier. Brusquement, le chef des urgences hurla au gardien de la paix « Je ne veux pas te perdre. » Jean comprit et paniqua.

Matthieu, le responsable

Matthieu éteint le réveil, 6h45. Il se leva, alla à la salle de bains, se lava, s’habilla. 7h15 Il vérifia que les enfants étaient debout, oui pour Garance et Eliott…

Non pour Gabin, 12 mois : compréhensible.

Il prépara le petit dernier, l’installa dans la chaise haute, alors que ses frère et sœur les rejoignirent dans la cuisine pour le petit déjeuner. 7h45. Il observait les discussions des grands, pour lesquels ces journées d’école à domicile avaient de bon la proximité immédiate avec leurs jouets favoris. 8h30 : début des apprentissages. Chaque enfant avait un plan de travail à suivre préparé par leur père, ainsi que les corrections de la veille à assimiler. 9h : première conférence téléphonique pour le père de famille, le silence était religieux dans la maison. Il donnait les directives à ses collègues avec rigueur et méthode.

10h : récréation et sortie du parc pour Gabin, qui, commençait à se lever avec volonté et esprit de défi vis-à-vis de tous ces grands bipèdes qui l’entouraient. Matthieu était à sa table de travail, finissait quelques dizaines de mails internes et externes à destination de ses collaborateurs. 11h : chacun reprit son plan ; papa géra sa seconde conférence téléphonique de la journée. 11h30 préparation du repas par Eliott : apte à. C’était dans le planning familial. Matthieu finissait de rassembler les pièces constitutives des costumes pour le carnaval, prévu par l’association des parents d’élèves, Garance eut le temps de faire 20 minutes de flûte traversière.

Gabin réussit à saisir le téléphone portable de la table. Déjeuner rapide à 4.

13h Gabin fut couché pour sa sieste, par sa sœur. Il était temps en 10 minutes chrono, d’enfiler les costumes, de faire les clichés nécessaires à diffuser sur le réseau des parents d’élèves. Puis, de répondre au quizz du petit cousin Lazare qui avait eu la bonne idée de fédérer ses amis à un jeu quotidien sur un autre réseau, pour maintenir le lien. Ensuite, il fallut télécharger, les textes de théâtre à apprendre pour le spectacle de fin d’année, les salles culturelles allaient rouvrir, c’était certain. A 14 heures précises, répondre aux professeurs des écoles des enfants qui devaient eux-mêmes remplir un questionnaire précis de l’éducation nationale, pour s’assurer que les programmes étaient bien ingurgités par les têtes blondes, en cette période.

Laver les fesses de Gabin, pas encore propre, tout de même. Mener la troisième conférence téléphonique de la journée 14h30, pour quoi déjà ? Une tâche indispensable à la bonne tenue de l’entreprise : les nouveaux codes graphiques de la charte de communication qui avaient coûté une fortune à la direction du marketing et de l’expérience client. Vérifier ensuite que les buts installés et montés par les soins de Matthieu, dés le premier jour de confinement, permettraient un entrainement certifié FFF, pour Eliott et Garance qui pratiquaient le foot, depuis maintenant 2 années riches de cohésion sociale, à travers cette discipline. 15h : ils cherchèrent des bougies pour les disposer sur leur terrasse, afin d’être à l’heure pour la prière du soir, prévue par les évêques de France qui avaient permis aux enfants d’assister sur Facebook live à tous les temps de messe nécessaires, depuis le début du confinement.

15h30 : Gabin planqua le téléphone de papa, dans son parc, qui devenait bien étroit pour ses envies de liberté, l’apprentissage du matin fut réitéré, et augmenté : il pivota de l’intérieur vers l’extérieur, dans un sourire empli de béatitude et de joie. 16h : il fallait encore réaliser une vidéo à poster sur Whatsapp pour l’anniversaire de tata Monique, celui de grande cousine Sophie et la fête de Pedro, le papa de Chloé, la meilleure amie de Garance. 16h30 : dernière conférence téléphonique de Matthieu : plan d’attaque présenté aux équipes pour augmenter les ventes, selon un génial plan média qui avait germé dans sa tête entre 2 et 5 heures du matin, afin d’augmenter les ventes du camembert Empereur, en ces périodes d’augmentation de fréquentation de leurs points de distribution : qui l’eut cru ? le COVID était un tremplin commercial inespéré.

16h45 : Gabin entreprit de se faire couler un bain, la joie n’était que grandissante en ces temps de confinement… 17h : on se connecta sur les réseaux éducatifs live pour faire 45 minutes supplémentaires de tests en tout genre, validé par la charte éthique et compréhension du monde environnant des jeunes apprenants, par l’éducation nationale. 17h30 : Matthieu prit le temps d’écouter le podcast de cette quotidienne radiophonique dont la thématique était « Retrouver la valeur du temps, en ces temps particuliers du confinement : quels enjeux pour la sphère sociale qu’est la famille ? » il sourit aux propos de ce philosophe sociologue, dont il avait lu tous les ouvrages. 18h : on prépara un texte discours en hommage aux héros qu’étaient les soignants, afin d’alimenter le temps des applaudissements quotidiens, en soirée. 18h45 : Garance prépara le repas, c’était son tour. Matthieu rédigea quelques centaines de mails supplémentaires, avec une dextérité et une sensation de contrôle parfait sur sa vie professionnelle qui l’enthousiasmait. 19h : on alluma les bougies ; on pria. 19h30 on chercha Gabin, le chenapan, il s’était échappé de son parc, ce n’était pas pour déplaire au papa, ainsi qu’à son frère et sa sœur qui voyaient, respectivement, dans sa récente autonomie, un garçon indépendant et un compagnon prêt pour les jeux à trois ! De l’eau coulait désormais, en provenance de l’étage par l’escalier, Matthieu était serein, il avait acquis un système de sécurité pour leur habitation qui combinait un outil d’alerte blocage des énergies si, toutefois, une fuite, ou un souci électrique devait arriver. Ce ne devait être que de l’eau provenant d’une des gourdes des enfants. Ils arrivèrent finalement dans la salle de bain, à 19h45, Gabin était là, immergé, il semblait joyeux, flottant ou se noyant au travers de la mousse du bain au milieu de ses jouets favoris, dont le petit moulin à eau multicolore qui avait déjà fait la joie de Garance et d’Eliott, il y avait quelques années. On entendit les applaudissements à l’extérieur, depuis 10 jours, ils étaient de plus en plus nourris par le voisinage, oui, les soignants méritaient au minimum cette liesse. 20h, Matthieu paniqua.

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